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Ev.-ref. Kirche des Kantons Freiburg

Jolande Roh

Ecologie du temps

jungle-601542_1920 (Foto: Jolande Roh)

Il existe encore, çà et là, des forêts sacrées. Au Bénin, à Madagascar, au Cameroun, quelques fragiles périmètres de terre inviolable, protégés par une frontière symbolique, semblent résister aux débardeuses mécaniques.
Il y a quelque deux siècles, ces forêts sacrées auraient décroché des sourires parmi les inconditionnels de la science et les pionniers de l’industrialisation. Claude-Henri de Rouvroy ou Auguste Comte, par exemple, théoriciens enthousiastes du progrès, les auraient reléguées aux croyances d’une époque révolue. Leur point de vue s’est d’ailleurs imposé. L’exploitation rationnelle et planifiée des gisements naturels a connu un respectable essor depuis la parution du Catéchisme des industriels ou du Cours de philosophie positive.

Vestiges providentiels
Aujourd’hui, la communauté scientifique porte sur ces forêts un regard différent. Elle constate qu’une surface inviolable abrite aussi des espèces et des essences menacées, et que donc toute forêt sacrée favorise la biodiversité. Ces lieux symboliques en sont venus à occuper une place de choix dans une série de programmes de préservation de la faune et de la flore.

Le dimanche comme un coin de verdure
Le dimanche est peut-être au temps ce que la forêt sacrée est à l’espace. C’est une petite enclave dans la grande étendue des semaines, des mois et des années. C’est une qualité de temps préservée, protégée par une limite symbolique. Il abrite un « écosystème » présent dans la diversification des activités, le resourcement spirituel, le repos partagé entre amis et en famille. Le dimanche permet de se mettre au vert.
Au loin, nous entendons les débardeuses. Leur fumée est perceptible. « Le dimanche est une entrave au progrès, vrombissent-elles. A quoi bon le préserver, il n’est pas moderne. Tronçonnons ».
En face, nous voyons avancer les amis du dimanche, inquiets qu’une machine ne dévore, en quelques tours de moteur, un coin de verdure hebdomadaire.

Où est qui ?
Derrière les tronçonneurs et les gardiens du dimanche, deux projets de société s’affrontent.
Classiquement, les premiers se rangent dans le camp du progrès. On peut néanmoins se demander ce qu’il y a d’innovant à consommer davantage ; se demander en quoi ce progrès ouvre des perspectives originales pour notre collectivité.
Les seconds se rangent, classiquement toujours, dans le camp des conservateurs. On peut toutefois se demander si le dimanche ne constitue pas une ultime ressource, considérant le rôle qu’il joue dans la qualité de vie de nos sociétés. Ce jour particulier serait, à cet égard, un instrument moderne d’amélioration de notre condition.
Comme les forêts sacrées, jadis ignorées, sont devenues aujourd’hui des sanctuaires de la sphère végétale et animale, le dimanche mérite qu’on le défende pour la protection qu’il offre de la sphère privée et de la qualité de vie. Cela sur fond, pourquoi pas, d’une écologie étendue, d’une écologie du temps.

Pour le Conseil synodal
Pierre-Philippe Blaser, Président

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