Un Voyage à Taizé

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L’Histoire de Taizé est un chemin d’unité. Le pasteur Roger Schutz, plus connu sous le nom de frère Roger, formera avec quelques autres protestants suisses une communauté à Taizé, près de Cluny. Celle-ci n’aura de cesse de porter le souci de la réconciliation du monde. Alors qu’il était encore seul à Taizé durant la guerre, frère Roger cachait des juifs et les aidait à fuir en Suisse. Au lendemain de la guerre, avec les premiers frères, ils inviteront le dimanche à leur table les prisonniers de guerre allemands. Avec l’aide de la sœur de Roger, Geneviève, la communauté créera une maison des enfants pour accueillir des orphelins. Durant la guerre froide, ils noueront sans cesse des contacts avec les pays de l’Est et le monde orthodoxe. Ils noueront aussi des liens avec les pays du sud, notamment l’Amérique latine. Frère Roger fut aussi un proche de mère Teresa avec qui il écrira trois livres. Il fut aussi l’un des observateurs non catholiques à Vatican II. Il y accueillait tous les midis à sa table les évêques du concile ; ceci lui permit de négocier de belles avancées œcuméniques. Il fut ainsi un réconciliateur parmi les chrétiens, même si en se rapprochant de l’Église catholique, il s’est distancé de ses racines protestantes.

Et sans le chercher, la communauté de Taizé s’est mise à attirer des jeunes par dizaines, puis par centaines et par milliers. On y refaisait déjà le monde en 1968, puis en 1974 lors de l’organisation d’un concile des jeunes. La formule n’a fait que croître depuis. Aujourd’hui, Taizé c’est 80 frères issus de toutes les églises et de tous les continents et 50'000 visiteurs par an. Chaque année, un rassemblement de plusieurs dizaines de milliers de personnes a lieu dans une capitale européenne pour un pèlerinage d’espérance (cette année c’est à Paris). Mais ce sont aussi des fraternités provisoires de deux ou trois frères qui s’installent pour quelques années dans différents quartiers déshérités d’Amérique, d’Afrique ou d’Asie.
C’est donc un trésor de l’Église universelle, issue de l’Église réformée, qu’on gagnera toujours à redécouvrir. Et nous l’avons fait avec une toute petite équipe de 6 (4 jeunes et deux accompagnants) durant les vacances d’automne 2025 pour participer à la rencontre des 15-18 ans.

Au moment des « vacances de la Toussaint » françaises, de nombreuses aumôneries organisent des camps à Taizé qui devient pour deux semaines, surchargé de jeunes enthousiastes. Aller à Taizé durant ces semaines, c’est partir à la rencontre de 1800 Français et 600 Allemands, aux origines et à la foi très diversifiées, qui viennent tous pour rencontrer leur prochain dans une bienveillance radicale, discuter, chercher Dieu et chanter ensemble. Si au début, les offices quotidiens peuvent surprendre, très rapidement on se laisse saisir par cette foule qui chante d’une même voix des paroles qui s’inscrivent en nous et deviennent notre prière : dans nos obscurités, allume le feu qui ne s’éteint jamais.

C’est une expérience qui nous sort clairement de notre zone de confort, parce que la sobriété est l’une des valeurs de Taizé, et que les nuits sous tente sont parfois fraiches en octobre. Mais celui qui ne sort pas de chez lui n’avance pas beaucoup sur son chemin. C’est donc convaincu qu’il y a là-bas une expérience fondamentale à vivre aussi pour les jeunes de nos paroisses que nous espérons retourner l’année prochaine, avec une équipe plus large.

Martin Nouis
Pasteur de Môtier-Vully


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